CONFINEMENT : LES CONSEILS DES SKIPPERS

Sur le site du Vendée-Globe, plusieurs skippers font part de leur expérience de vie en solitaire et partagent réflexions et conseils.

 

 

Sur son blog en anglais, https://www.deecaffari.co.uk, la navigatrice britannique Dee Caffari (Vend2e Globe 2008-2009) dresse une liste de conseils pertinents en cette période de confinement.

« En deux occasions, j’ai dû vivre en  isolation complète: lorsque j’ai participé au Vendée Globe, j’ai passé trois mois seule en mer et lors de l’Aviva Challenge, j’ai vécu six mois en complète autonomie. Mon lieu de vie était un bateau de 72 pieds peu confortable, sans aucun moyen de divertissement si ce n’est mes aptitudes au karaoké.

Bien sûr, je suis bien consciente que cette isolation résultait de mes choix et donc que la situation était bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui.  Cependant, en partageant les démarches et enseignements recueillis à cette occasion, j’espère aider les personnes qui se trouvent en plein confinement.

Nous savons que nous devons être isolés physiquement mais cela ne veut pas dire que nous devons être isolés au niveau mental. Le contact et le support restent importants dans ces périodes de crise ou de stress. Maintenant, plus que jamais nous devons être attentifs aux autres.

Voici donc mes conseils pour mieux résister à cette isolation ;

 

  • Privilégiez la communication –  ce qui est rassurant pour chacun. Si vous êtes isolés, c’est un appui moral fort de savoir que les personnes font attention à vous mais il est également important que votre famille et vos amis sachent que vous êtes OK. Restez en contact et n’hésitez pas à demander de l’aide si vous avez besoin. Une simple discussion de 5 minutes par jour peut réellement améliorer le moral et devenir un évènement attendu.

 

  • Passer 24h/ 7 jours seul(e) est une expérience délicate pour la plupart d’entre nous qui apprécient la compagnie des autres. Les extrovertis tirent leur énergie des autres, ce qui veut dire qu’un manque de simulation peut se traduire par une baisse du moral. Pour la plupart d’entre nous, aller au travail, à l’école, à la salle de sports fait partie de notre routine journalière et aujourd’hui, nous devons occuper cet espace-temps. Mettre en place une routine, un emploi du temps et s’y tenir peut aider à fixer un objectif et une raison pour avancer dans la journée. Avoir quelque chose à réaliser aide à faire passer le temps plus rapidement.

 

  •  Appuyer vous sur les technologies. Il y a tellement de moyens de communiquer aujourd’hui et c’est vraiment l’occasion d’y faire appel : Skype, Facetime, email, textos, vidéos, appels téléphoniques, média sociaux… sont de bons moyens de rester en contact.

 

  • Focalisez-vous sur ce que vous pouvez maîtriser et perdez pas d’énergie à propos des choses qui sont hors de votre contrôle. Vous êtes submergés par les informations en provenance des nombreux médias. Si vous pensez qu’écouter ou lire ces informations augmente votre anxiété ou votre niveau de stress, essayez de les limiter au cours de la journée.

 

  • Soyez reconnaissant pour les choses que vous possédez ou que vous pouvez réaliser. Se focaliser sur les points positifs a un effet sur votre mental. Lorsque vous connaissez un jour difficile et avez du mal à résister, pensez à ce que vous allez faire dans les prochaines heures ou le jour suivant plutôt que les prochaines semaines ou prochains mois. Le soleil continuera à se lever et se coucher. Et cette situation se terminera bien un jour.

 

  •  Cherchez les opportunités et soyez créatifs (ves). Dans un monde qui privilégie le contact immédiat, le travail en direct et les technologies intrusives, cette période est l’occasion pour beaucoup d’entre nous de prendre un peu de recul. Y va-t-il un projet que vous rêviez de lancer mais que vous retardez par manque de temps, y va-t-il un projet de livre dans votre tête dont vous n’avez jamais écrit le premier mot, y va-t-il un travail que vous pourriez entreprendre de manière temporaire ?

 

  • Acceptez le fait de devoir vous adapter à ce nouvel environnement. En tant que skipper, je suis habitué à un environnement changeant très rapidement et à des évènements qui échappent à mon contrôle. Dans les semaines à venir, les restrictions sur notre façon de vivre et les effets de ce virus vont sans aucun doute vont nous mettre en colère, vont nous déprimer, inquiéter, nous faire peur…Ce sont des émotions normales mais qui usent notre énergie mentale. Accepter la situation vous permet de penser plus clairement et calmement.

 

  • Le futur sera différent. C’est la réalité et nous devons l’accepter. La nature a appuyé sur le bouton « Reset ». Nous avons là l’occasion de procéder à une évaluation et de changer nos comportements pour l’avenir.

 

 

 

PROFITEZ DU TEMPS POUR RÊVER
« Lors du Vendée Globe 2004-2005, nous étions seuls en mer, mais nous étions « seuls ensemble » : nous avions le même océan, le même statut, et nous étions là les uns pour les autres. J’ai toujours dit que tout le monde devrait, une fois dans sa vie, traverser l’Atlantique en solitaire, la plus belle expérience intime que j’ai connue. La paix, dans la solitude, devient belle si vous trouvez votre rythme et que vous apprenez à accepter votre situation. Profitez du temps pour rêver votre rêve le plus fou, étudiez chaque détail, rassemblez tous les éléments de ce qui vous paraît impossible. Et, au fur et à mesure, vous aurez de meilleures chances de faire de votre vision un objectif. Toutes ces étapes de l’apprentissage sont incroyablement génératrices d’énergie ».

Nick Moloney (Australie, Vendée Globe 2004-2005) 

 

 

 

VIVRE DANS L’INSTANT

« Je pense qu’un mois d’isolement pourrait aider les gens à surmonter de nombreuses peurs. Pendant le Vendée Globe, après avoir cassé mon gouvernail, j’ai appris à désactiver les voix négatives continues qui obstruaient ma tête, et j’ai appris à vivre dans l’instant, un jour après l’autre. Dans les situations qui nous donnent le sentiment d’être impuissants, la plupart de nos pensées deviennent négatives. Aujourd’hui, j’essaie de me concentrer sur ce que je peux faire, pas sur ce que je ne peux pas faire ».

Conrad Humphreys (Angleterre, Vendée Globe 2008-2009) 

 

 

ECRIRE
« Quand tu es tout seul autour du monde, le moindre petit événement prend de l’ampleur. C’est bien ce qui risque de se passer (chez chacun de nous, ndlr). Il faut rester zen. Quand c’est un peu long, sur le Vendée Globe, j’écris. C’est bien, d’écrire ce que tu ressens, tes doutes, tes inquiétudes, tes bonheurs… Surtout, il ne faut pas rester passif, il faut s’imposer une rigueur… que je devrais m’imposer, ces temps-ci. »

Arnaud Boissières (La Mie Câline-Artisans Artipôle) 

 

 

VAGABONDER

 « Je vis seul et je me retrouve dans la même configuration qu’en mer. C’est intéressant : je pense que je vais très vite me pencher sérieusement sur l’écriture de mon deuxième livre, et créer des textes pour mes slams. C’est dans ces moments de grands calmes, à terre comme en mer, que l’esprit se met à divaguer, à vagabonder. C’est propice à la création, et je vais peut-être influencer quelques personnes sur l’opportunité qui se présente de prendre un virage. Il faut penser à l’après ».

Sébastien Destremau (Faceocean) 

 

 

 

RATIONALISER

« Ma stratégie quand je trouve le temps long, c’est de découper, le parcours, le temps. Psychologiquement, c’est hyper important. A terre, aujourd’hui, je divise nos journées. Avec Romain Attanasio (son conjoint, ndlr), nous avons mis des minuteurs. Il y a le temps où je suis disponible pour Ruben, mon fils, d’autres pour moi, pour travailler- il n’a pas le droit de me déranger. On fonctionne par tranches de trente minutes. Quand les journées se ressemblent, c’est bien de mettre de l’ordre ».

Samantha Davies (Initiatives-Cœur) 

 

 

SE DECOUVRIR 

« C’est difficile d’être seul en mer, mais j’aime me confronter à cette difficulté. Lorsqu’on est tout seul, on réussit une foule de choses qu’on raterait à terre. En mer, il n’y a pas de plan B, tu n’as pas d’autre choix que réussir, et je me surprends continuellement. Je vous inviterais bien à vous imprégner de la magie de la nature, même depuis la fenêtre de votre appartement. Regardez comme le ciel est beau ! C’est une manière de s’évader et d’apprendre à apprécier l’essentiel ».

Fabrice Amedeo (Newrest – Arts et Fenêtres)

 

S’ANALYSER
« De ces moments de solitude, j’ai appris beaucoup de choses : je me suis accepté, et j’ai accepté les faiblesses, physiques ou mentales, que je refusais de voir. On aimerait faire les choses d’une certaine façon ? Il faudra accepter de les faire autrement. J’ai appris à ne plus me mentir et à bien formuler les choses dans ma tête, à m’avouer les choses que je veux, et tout ça donne plus de sens. J’ai aussi beaucoup travaillé sur mon ego, à me méfier de ce qui le sublime, et à prendre de la distance avec lui ».

Stéphane le Diraison (Time for Oceans) 

 

 

COMMUNIQUER 

« Je suis revenu du dernier Vendée Globe après avoir parfois souffert psychiquement. La coutume veut qu’on éloigne le marin de la vie terrienne, pendant le Vendée Globe, mais je me bats contre ça : ma compétition de marin n’est rien à côté du bobo au genou de mon amour de fille ou de la colère de mon fils à qui un petit con dit que son père est nul parce qu’il n’est « que » 7e du Vendée Globe ! J’ai besoin d’interactions avec le monde extérieur, des pensées des autres qui enrichissent. Dans cette période de confinement, il ne faut surtout pas se priver de communiquer avec les moyens qui existent, et de prendre de l’information par tous les canaux qui existent, avec des avis divergents ».

Louis Burton (Bureau Vallée 2)

 

Vous aimerez aussi...