VENDEE GLOBE 2020 : STEPHANE AU LARGE DE RIO

Stéphane Le Diraison sur son bateau Time For Oceans pointe ce  samedi 23 JANVIER 2021 à la 18e place. « Lorsque l’on revient des Mers du Sud, c’est un vrai bonheur. Merci Vendée Globe pour cette expérience sensationnelle.  J’ai actuellement des conditions de navigations parfaites à bord de #TimeForOceans : bonne humeur, musique, soleil et belle mer … Que demander de mieux ! Je peux enfin faire sécher tous mes vêtements, j’en ai fini avec les longues journées passées dans des vêtements trempés qui ne sèchent jamais. Autre bonne nouvelle, fini les toilettes de chat dans la cabine, je vais pouvoir prendre des vraies douches dehors. »

Mais les problèmes techniques continuent :  » La trappe du foil bâbord a littéralement explosé – la même chose que j’avais eu dans l’Îndien à tribord. 2000 litres d’eau dans le bateau, deux heures à tout vider avec une certaine angoisse.  Ayant vécu la même chose à tribord avec de la mer et des eaux glacées, cette fois j’ai été très efficace pour résoudre le problème. Ça reste stressant et pas anodin d’embarquer 2000 litres d’eau. C’est réparé !!!! Le temps que ça sèche demain je pourrais à nouveau ressortir le foil. A chaque fois que j’arrive à remonter et prendre de la vitesse, je suis stoppé par des problèmes techniques … C’est rageant mais je ne compte pas baisser les bras ! En finissant d’écoper à la main, j’ai découvert un ennui embêtant : le vérin de quille bâbord a tourné et la vanne s’est enfoncée dans la peau intérieure du fond de coque.
Je dois absolument réparer ça ! Objectif du jour, réussir à faire tourner ce fichu vérin de quille et croyez moi ce n’est pas une mince affaire .. »

Dans sa vacation hebdomadaire avec la ville de Boulogne-Billancourt, Stéphane est revenu sur le passage du Cap Horn, un moment unique : « J’en ai tellement rêvé depuis l’âge de 15 ans. C’est un évènement absolument unique pour tous les marins, surtout après les conditions particulièrement éprouvantes du grand sud. C’était aussi une délivrance car je savais que j’allais changer de conditions météo. C’est incroyable de pouvoir réaliser ses rêves ».

« Et une dépression force 8, une ! Deux dépressions depuis les Malouines, le vent fort c’était hier après midi et toute la nuit. Là ça mollit, le soleil revient. Il fait beaucoup plus chaud, désormais (normalement) fini les dépressions au moins jusqu’aux Acores. La route n’est pas finie, mais jusqu’à présent, j’en ai vu de toutes les couleurs …

Stéphane est revenu sur le parcours de cette course en solitaire autour du monde qui exige de laisser à bâbord trois caps. Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn.

« Chacun d’eux impacte notre moral, ils sont des points de repères de notre performance, des moments de fêtes et de satisfactions à bord.

  • Bonne Espérance »
    Un promontoire rocheux situé à l’extrême sud de la ville du Cap en République d’Afrique du Sud. Une fois franchi, le doute n’était plus permis, je savais que j’étais parti pour plusieurs semaines de navigation dans le froid, le vent n’a pas toujours été au rendez-vous, l’océan indien était surprenant car plusieurs bulles anticycloniques m’ont barré la route.
  • Leeuwin
    C’est le cap le plus au sud-ouest du continent australien et situé dans l’État d’Australie Occidentale. Il est le point le plus au Sud d’une péninsule en forme d’enclume. Même si Leeuwin ne signifie pas grand-chose pour grand nombre des marins du Vendée Globe, il reste un marqueur dans l’avancée de ma course, l’entrée dans l’océan Pacifique, dans une mer rude où les coups de vents allaient se succéder.
    Il m’a tout de même permis de faire la fête à bord de #TimeForOceans avec un bon repas de gala !
  • Le Horn
    Troisième et dernier cap, c’est le plus au sud des grands caps, il est situé à l’extrémité sud de l’île Horn, dans la partie chilienne de l’archipel de la Terre de Feu.
    Franchir le cap Horn a été pour moi une grande délivrance, vous l’avez certainement remarqué au travers des cris de guerre que j’ai pu pousser lors de son passage. J’ai passé les jours le précédent dans un état de fatigue impressionnant … J’ai dû affronter des creux allant parfois jusqu’à 8 mètres tout en étant poussé par des rafales de vent puissantes, tout ça, dans le froid et la pluie. Même si la remontée de l’Atlantique s’annonce particulièrement éprouvante, je me sens comme libéré.
    Je suis entré dans la confrérie très fermée des « cap-horniers ».

 

« J’essaye de m’imposer un rythme au niveau des repas, des siestes (par tranches de 40 minutes), ça, c’est des choses que j’ai beaucoup travaillé en amont, donc je me cale bien sur ce rythme pour garder toute mon énergie. Je m’impose, ça peut faire sourire, mais aussi de me laver quotidiennement. Parce que sur un bateau comme celui la, c’est facile de se laisser aller. […] Sinon, les petits aléas techniques s’enchaînent : j’ai un bateau ou il y a pas mal de problèmes d’étanchéité, rien de grave, mais c’est juste très désagréable, je passe presque une heure par jour à tout assécher …

Le moral ? « Ca va, ça vient.  Seul, les sentiments sont exacerbés. Quand il y a des problèmes, il y a la frustration du compétiteur. Les pépins techniques m’ont fait décrocher des bateaux avec lesquels je voulais lutter. Mais j’ai la chance de vivre cette passion ».

Un mot sur les conditions de course qui s’avèrent plus difficiles qu’il y a 4 ans et qui ont pour conséquence une durée plus longue. On parle aujourd’hui de 80 jours pour les meilleurs d’où de possibles problèmes de nourriture avec 10 à 15 jours de manque. D’où l’évocation de rationnement par de nombreux coureurs. Stéphane fera le point sur son avitaillement après le cap Horn.

Nautique-Sèvres suit de près cette magnifique épreuve. Allez Stéphane !

Pour suivre Stéphane :

www.timeforoceans.com

www.kidsforoceans.com : site dédié aux enseignants et aux enfants

https://www.ouest-france.fr/vendee-globe/vendee-globe-les-positions-et-classements-des-skippers-6979431

 

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Au départ 19 monocoques équipés de foils

Pour remporter le Vendée Globe, il faut cocher de nombreux critères : un projet structuré, un bateau rapide et fiable, du talent et de la réussite. Certains athlètes ont toutes ces cordes à leur arc et affichent clairement leur désir de scorer. Mais le résultat sportif n’est pas l’ambition exclusive de tous les navigateurs. Il y a ceux, aussi, qui viennent chercher une première expérience ou qui s’embarquent pour le rêve d’une vie. Le Vendée Globe est une épreuve unique au monde, où la compétition pure côtoie l’aventure. Où, par-delà le sport, tous les marins, face aux éléments, seront unis par un destin commun : celui de la rencontre avec ses propres limites, du dépassement de soi, des émotions extrêmes. Ils seront aussi reliés par le même désir de finir, de boucler cette immense boucle de 21 638 milles (40 075 km), après 70 à 100 jours de mer, en solitaire.

La classe IMOCA a embrassé l’ère des foils, ces « ailes sous-marines » qui permettent de sustenter les bateaux au-dessus de l’eau et qui offrent des vitesses folles aux grands monocoques de carbone. L’édition 2016 avait amorcé ce virage technologique. 2020 l’a allègrement emprunté, donnant naissance à des plans porteurs plus grands et plus sophistiqués. 19 des 33 monocoques sont dotés de ces appendices impressionnants, dont 8 bateaux de toute dernière génération. Les 60 pieds IMOCA sont devenus des machines plus complexes et surtout, beaucoup plus rapides.

C’est à bord de l’IMOCA avec lequel il a pris le départ du Vendée Globe 2016 que Stéphane s’engage pour l’édition 2020 : un plan Finot-Conq de génération 2008. Bien né, sa carène fiable et puissante lui a permis d’être largement optimisé au fil des années et de rester compétitif. À l’issu de la Transat Jacques Vabre 2019, un chantier ambitieux a été entrepris en vue du Vendée Globe 2020. « Cette expérience 2016 fut riche d’enseignements et mes avaries m’ont adressé une belle leçon d’humilité. J’y ai appris beaucoup de choses. Avec mes partenaires, nous avons créé Time for Oceans. Nous avons gardé le même bateau, mais il n’y a plus que la coque qui soit d’origine. Tout le reste a évolué »

C’est donc avec un nouveau roof qui offre une vraie casquette de protection, de nouveaux safrans, une ergonomie complètement modifiée et l’implantation de foils que Time For Oceans s’annonce fin prêt pour affronter de nouveau les mers du Sud. De quoi gagner 5 jours, selon Stéphane, à l’échelle du tour du monde !

Pour les premiers essais, Stéphane Le Diraison a largué les amarres de Lorient, après un sérieux détour dans le Golfe de Gascogne et s’est rendu près des côtes de l’Irlande. « En général quand on rend visite à nos cousins celtes il faut affronter une météo rugueuse, cette fois à part une journée pendant laquelle le vent était tonique les conditions étaient clémentes. Entendons-nous bien : j’ai quand même eu de la pluie et cette nuit il y avait un brouillard à couper au couteau. Je parle surtout du vent, assez doux »

Ces modifications sont un succès

Qu’en est-il des évolutions apportées au bateau ? Est-ce que les foils fonctionnent ? En un mot, la réponse est « oui » ! Les foils apportent un plus incontestable, à certaines allures (vent de travers) le bateau est méconnaissable. L’ergonomie du cockpit et la protection sont excellentes. Quel bonheur de pouvoir manœuvrer sous la pluie… mais à l’abri. Les safrans offrent un gain très intéressant pour le contrôle du bateau. Et puis il y a tous les petits détails qui n’échapperont pas aux regards affûtés, par exemple je peux maintenant garder à poste 2 gennakers (voiles de portant) : avant changer de voile me prenait une demi-heure et maintenant 5 minutes suffisent. Bref ces modifications sont un succès !

« Bien sûr il y a eu quelques surprises moins sympathiques : les hublots qui fuient (rien de tel que de dormir trempé), le réservoir de gasoil qui avait un défaut de montage (j’ai baigné dans le gasoil toute une nuit – les odeurs sont toujours du voyage),… etc. Tout cela relève du détail, ces défauts de jeunesse seront vite corrigés. Quant à moi j’ai retrouvé  peu à peu le rythme du  large. Mes journées s’organisent entre la marche du bateau, la navigation, le sommeil fractionné, la météo, les repas…

N’oublions pas que la voile est un sport mécanique

Interrogé par France 3 Ile de France, Stéphane conclut par ces mots : «  »Bien sûr, c’est un défi sportif et physique humain incroyable. C’est la finalité de tous mes efforts pendant 4 ans. Oui Il y a des doutes. Lors de ma première participation, j’étais un peu naïf. Même si j’avais bien préparé mon bateau. J’étais certain qu’il allait tenir. L’appréhension venait plutôt de ma capacité à gérer le solitaire et les mers du sud. La réalité a été toute autre ! Je me suis très bien acclimaté à la solitude et aux intempéries mais mon bateau n’a pas supporté l’épreuve! Aujourd’hui j’ai confiance en moi et suis heureux à l’idée de me retrouver tout seul, à l’idée d’être confronté une nouvelle fois à cette épreuve. J’ai beaucoup travaillé sur le bateau pour gommer les points faibles mais j’ai conscience, beaucoup plus qu’en 2016, que la voile est un sport mécanique. lI faut tout faire pour ne pas casser mais il faut être conscient que cela peut arriver. Alors oui il y a quand même des peurs : Et si je cognais un iceberg et si je recassais le mât. Je ne maitrise pas tout. Personne n’est à l’abri ».

Pour mieux suivre Stéphane :

www.timeforoceans.com

www.kidsforoceans.com : site dédié aux enseignants et aux enfants

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