Canal Saint-Martin, canal Saint-Denis, canal de l'Ourcq : histoire des canaux parisiens

Passerelles en fonte, écluses qui se vident sous les yeux des promeneurs, platanes au bord de l’eau : le canal Saint-Martin est devenu l’un des décors les plus photographiés de Paris. Il n’est pourtant qu’une partie d’un réseau plus vaste, avec le canal Saint-Denis et le canal de l’Ourcq, né d’un besoin très concret au début du XIXe siècle : donner de l’eau à une capitale qui en manquait.
Une décision de Bonaparte
Au tournant du XIXe siècle, Paris souffre d’un approvisionnement en eau insuffisant et de qualité médiocre. Le projet de dériver la rivière Ourcq, affluent de la Marne, vers la capitale est ancien, mais c’est le Premier consul Bonaparte qui le lance par une loi de 1802. L’objectif est double : alimenter les fontaines de Paris et créer une voie de navigation pour les marchandises.
Les travaux s’étalent sur plus de deux décennies, au gré des difficultés techniques et financières. Le bassin de la Villette, qui sert de point d’arrivée et de réservoir, est mis en eau dès 1808. Le canal Saint-Denis est ouvert au début des années 1820, et le canal Saint-Martin vers 1825, complétant l’ensemble.
Trois canaux, un réseau
| Canal | Parcours | Particularités |
|---|---|---|
| Canal de l’Ourcq | De la vallée de l’Ourcq jusqu’au bassin de la Villette | Long canal étroit, en grande partie en Seine-et-Marne, peu d’écluses |
| Canal Saint-Denis | Du bassin de la Villette à la Seine, à Saint-Denis | Court, à grand gabarit, plusieurs écluses profondes |
| Canal Saint-Martin | Du bassin de la Villette à la Seine, au port de l’Arsenal | En partie couvert, écluses en escalier, ponts tournants |
Le bassin de la Villette est le cœur du système : l’eau de l’Ourcq y arrive, puis repart vers la Seine par les deux autres canaux. Ce réseau permettait aux bateaux d’éviter la traversée de Paris par la Seine, alors encombrée et difficile à remonter.
Le canal Saint-Martin, de l’industrie à la promenade
Au XIXe siècle, le canal Saint-Martin est une voie industrielle : entrepôts, quais de déchargement, ateliers et usines se pressent sur ses rives. Sous le Second Empire, une partie de son cours est couverte pour créer un grand boulevard, aujourd’hui le boulevard Richard-Lenoir ; le canal passe dessous en souterrain jusqu’à la Bastille, puis débouche dans le port de l’Arsenal avant de rejoindre la Seine.
Avec le déclin du trafic de marchandises, le canal a failli disparaître au profit d’une voie rapide, un projet finalement abandonné. Il est devenu un lieu de promenade et de loisir, prisé pour ses quais, ses passerelles et ses écluses. Les bateaux de promenade qui l’empruntent offrent une façon originale de le découvrir, que nous détaillons dans notre article sur la croisière sur la Seine à Paris.
Les écluses, spectacle permanent
Le canal Saint-Martin doit racheter une différence de niveau importante entre la Villette et la Seine. Il le fait grâce à une série d’écluses, dont certaines sont dites « doubles », c’est-à-dire accolées en escalier. Voir un bateau descendre ou monter, portes busquées qui s’ouvrent, eau qui bouillonne dans le sas, reste l’un des petits spectacles gratuits de Paris.
Pour comprendre la manœuvre côté bateau, voyez notre guide pour passer une écluse. Sur le canal Saint-Martin, les plaisanciers qui veulent naviguer doivent respecter les horaires et les règles fixés par le gestionnaire, et s’informer à l’avance des conditions de passage.
Le bassin de la Villette, plan d’eau urbain
Le bassin de la Villette, entre la place de Stalingrad et le pont de Crimée, est le plus grand plan d’eau artificiel de Paris. On y voit encore la rotonde de la Villette, ancienne barrière d’octroi dessinée par Claude-Nicolas Ledoux, et à son extrémité le pont levant de la rue de Crimée, un ouvrage rare dans la capitale.
Le bassin accueille aujourd’hui des activités nautiques légères, des promenades sur les quais et, l’été, des animations dans le cadre de Paris Plages. Des zones de baignade surveillées y ont été aménagées ces dernières années, un sujet que nous traitons dans notre article sur la baignade dans la Seine. Au-delà, le parc de la Villette borde le canal de l’Ourcq avant qu’il ne quitte Paris.
Une gestion par la Ville de Paris
Particularité notable : contrairement à la plupart des voies navigables françaises, confiées à Voies navigables de France, les canaux parisiens appartiennent à la Ville de Paris, qui en assure la gestion, l’entretien et l’exploitation, y compris pour la partie située hors de Paris. Ce réseau a donc ses propres règles de navigation, ses propres tarifs de passage et ses propres services.
Le canal reste d’ailleurs fidèle à sa fonction d’origine : il continue d’alimenter le réseau d’eau non potable de Paris, utilisé pour le nettoyage des rues et l’arrosage des espaces verts. Le site de la Ville de Paris publie les informations sur la navigation et les travaux, notamment les chômages, ces périodes où un canal est fermé et parfois vidé pour l’entretien.
Suivre les canaux à pied ou à vélo
Les canaux se découvrent très bien au ras de l’eau. Le long du canal de l’Ourcq, une piste cyclable permet de sortir de Paris et de filer vers la Seine-et-Marne par les anciens chemins de halage, comme nous le racontons dans notre article sur le vélo le long des canaux. Le canal Saint-Denis, plus industriel, traverse des quartiers en pleine transformation jusqu’à la Seine. Trois canaux, trois ambiances, et une même histoire, celle d’une ville qui a fait venir sa rivière à elle.
Cet article peut contenir des liens partenaires. Ils n'influencent jamais ce que nous écrivons.